Mannequin


              Une des premières choses qui frappe quand on se promène en Inde, c'est l'intimité régnant entre les jeunes hommes. Dit comme ça, cette indifférence absolue des gens à l'homosexualité est extrêmement agréable et pour le moins intelligente. Sauf que...

              Sauf qu'il ne s'agit pas d'homosexualité, en tout cas pas vécue posément sans complexe, mais plutôt d'intimité entre garçons : une prétendue bonne et franche amitié virile, donc. Rien de plus. Ce dont on doute immédiatement quand on voit les mains qui se caressent, les embrassades au sens propre, les bras passé autour des épaules ou de la taille, et les petits doigts qui se cherchent l'un l'autre. Surtout dans une tranche d'âge entre 15 et 25 ans ; après, cela disparaît étonnamment...
              Car tout contact avec le sexe opposé, féminin en l'occurrence, est proscrit. Dans une encore grande majorité de cas en Inde, le premier contact avec la femme se fera... lors de la nuit de noces. A moins qu'un oncle ou un voisin avisé mais sans scrupule ait arrangé une visite chez les femmes de la nuit. Le mariage met donc fin à cette amitié masculine : je ne sais si ce sont la philia grecques l'homosexualité d'initiation, ou une simple homosexualité hygiénique. Elle n'est en tout cas pas du tout assumée.
               Les frustrations hétérosexuelles sont donc omniprésentes : tout parle de sexe en Inde, tout transpire le sexe. Les poses des actrices, les films si suggestifs (j'ai encore essayé d'en visionner mais rien à faire...), le regard sur les Occidentales mais aussi... le travail d'homme à tout faire. Mais oui, absolument. La preuve ? Je l'ai eue hier soir : nous passions en voiture devant un ensemble de magasins relativement luxueux, "Vama", où des mannequins aguichent le chaland avec leurs vêtements de marque. Il commençait à faire nuit, et deux hommes s'affairaient à réorganiser la vitrine. Peut-être ébloui par les spots, l'un deux a-t-il oublié qu'il ne pouvait voir mais qu'il était vu ? Je ne sais pas. En tout cas, quand son collègue a eu le dos tourné, je l'ai vu à mon grand étonnement, debout derrière un mannequin féminin assis, passer le bras par-dessus l'épaule de celui-ci et prendre le sein de plastique d'une main avide.

             Ebahie j'étais. Incredible India.